Carnet de route

2019-09-29 Franches Montagnes et pestiférés

Le 29/09/2019 par Monique Dromard

Nous sommes 10 à partir de Morteau pour rejoindre Noël au hameau du Boéchet, situé en Suisse sur la commune des Bois dans une zone géographique nommée Les Franches Montagnes. Nous retrouvons également Marie-Jeanne, la sœur de Catherine, qui nous accompagnera pour une randonnée effectuée sur des plateaux vallonnés entre 1000 et 1151 m.

Depuis la gare du hameau, nous nous dirigeons vers l’ouest sur un chemin de pâturage parsemé de bouses de vaches… Quelle idée !!! Mais c’est sans connaître Noël qui va nous expliquer l’utilité de la bouse de bovin et du crottin de cheval.

La bouse est le produit de la digestion des végétaux ingérés par les bovins et le crottin celui provenant des équidés. Un bovin de 850 kg, par exemple une vache laitière, évacue sur le sol entre 15 et 20 kg de bouses fraiches par jour et dans les secondes qui suivent, elles sont colonisées par des insectes telles les mouches qui y déposent des larves, les coléoptères bousiers. Leur ardeur au travail est primordial pour réduire la matière organique, les pluies, les bactéries et les champignons finissant ce travail.

La bouse et le crottin deviennent donc de l’humus, un support carboné essentiel au bon fonctionnement du sol. Ils sont un engrais azoté de qualité entrainant son enrichissement. Cet amendement apporte aux prairies sèches des Franches Montagnes, l’engrais nécessaire aux herbes et fleurs fourragères qui pousseront à foison pour nourrir les chevaux des Franches Montagnes et les vaches laitières, dont le lait est transformé en fromage. L’homme  se nourrit du lait, des formages de ce terroir, Tête de Moine ou Gruyère, et des viandes de qualité provenant des troupeaux de bovins et d’équidés.

Un peu plus loin, Noël nous conduit dans un cimetière isolé au milieu des pâturages et entouré d’un mur en pierre : un cimetière où ont été enterrés des pestiférés. Comme en Franche-Comté, les Franches Montagnes ont subi les invasions suédoises pendant la guerre de 30 ans, de 1618 à 1648. Cette armée composée de bandits et de pillards de toutes nations, Allemand, Suédois, Français, pratiquent la méthode des terres brulées et de plus véhiculent la maladie de la peste. Cette maladie étant très contagieuse, les morts sont inhumés dans un cimetière bien à l’écart des villages : le cimetière des pestiférés.

Pour désinfecter les lieux pollués par la maladie, de grands feux de genévrier ou d’autres plantes aux propriétés purifiantes sont allumés dans les rues des bourgs lors des cérémonies funèbres. Un jeune prêtre du Boéchet refuse cette protection pour les célébrations, contracte la maladie et sera inhumé à cet endroit. Une tombe récente se trouve dans ce cimetière car Ambroise a demandé à être inhumé ici en 1980.

Pour nous documenter sur cette période de notre histoire en Franche-Comté nous pouvons lire  « Les colonnes du ciel » de Bernard Clavel, ouvrage dans lequel il évoque le personnage du capitaine Lacuzon.                                                          

Ensuite nous prenons la direction des Bois avec un passage à 1021 m, Le Creux de la Neige d’où se dessine un magnifique panorama coté français, avec le village de Fournet-Blancheroche, les falaises de la Cendrée et de la Fauconnière, le haut des Echelles de la Mort. Arrivés à la gare des Bois, Noël donne quelques explications sur les affiches électorales et le fonctionnement administratif de la confédération ainsi que sur le coût des panneaux de signalisation des sentiers pédestres.

En sortant du bourg direction sud-est, nous entrons dans les prés-bois des Franches Montagnes où les troupeaux mixtes de bovins et de chevaux sont au paradis. Nous progressons en direction de La Chaux d’Abel, nous sommes sensibilisés par Noël sur le coût des passages de barrières pour les randonneurs, environ 400 CHF, qui nous donne également la signification du mot « Cerneux » et du mot « Peu » très employés dans les lieux-dits du secteur.

A 1052 m, nous arrivons devant une église mennonite : les Franches Montagnes ont été la terre d’accueil de cette communauté recherchant un abri contre les persécutions. Elle parle allemand, s’installe et construit des bâtiments qui ont plusieurs fonctions : école et cantine au rez-de-chaussée, salle de culte à l’étage. Les lieux étant très propres, Noël nous invitent à nous déchausser avant de les visiter : une magnifique salle de culte avec des écritures gothiques où règne une simplicité qui inspire au recueillement et la sérénité.

Nous redescendons vers La Tuilerie un lieu magique situé près d’une tourbière où un étang alimentait auparavant une scierie et une tuilerie. Une grande faille s’ouvre dans les entrailles de la terre et l’eau s’y écoule doucement. C’est cet environnement paisible que nous choisissons pour notre pique-nique.

Après nous être restaurés, nous remontons tranquillement vers Le Peuchappate en passant par Le Cerneux-Veusil-Dessous où un élevage de magnifiques lamas vient nous saluer. Nous arrivons à Le Peuchappate, village perché à 1131 m, le plus élevé des Franches Montagnes où des fermes de type comtois sont très anciennes avec les embrasures des fenêtres de style gothique. La nouvelle église du village, de construction récente avec un clocher moderne, attire notre attention. Noël nous raconte que les gens du village ne voulaient plus de leur vieille église car la cloche menaçait de tomber sur les sonneurs.

Nous continuons notre progression vers trois éoliennes qui n’arrêtent pas leur moulinet depuis que nous les apercevons. Nous voici au pied de l’une d’elles qui nous domine de ses 150 mètres, bénéficiant d’une ultime pause accompagnés par le ronronnement de ses grandes pales de 80 mètres.

L’heure tournant également, il est temps de redescendre pour rejoindre notre point de départ. A Le Peu des Vaches, un superbe bouc se laisse tirer le portrait par tous les photographes de la troupe et ensuite, nous bénéficions d’un splendide panorama sur le Noirmont. Arrivés au hameau du Creux des Biches, une colonie de vacances, une nouvelle chapelle mennonite, un remarquable mur de pâturage reconstruit dans les règles de l’art et un cochon bleu en bois regardant le train passer. C’est en longeant pendant quelques hectomètres la voie de chemin de fer que nous arrivons au Boéchet où nous nous rendons à l'Espace Paysan Horloger, à la fois musée, hôtel et restaurant, pour boire un verre à l'occasion de la Saint-Michel, ils sont deux parmi nous, et de l’anniversaire de la belle-sœur de Serge.

Merci à Noël pour son investissement et pour nous avoir fait découvrir ce beau parcours que certains ont déjà repéré pour une prochaine virée à ski de randonnée nordique cet hiver.

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