Carnet de route

2019-06-18 Un pas dur ? Où ça, un pas dur ?

Le 18/06/2019 par Serge Deprez

Notre objectif initial était de nous rendre dans les Gastlosen mais l’agenda chargé de Madame la Présidente du CAF de Besançon lui imposait d’être de retour dans la cité natale de Victor Hugo pour 18 heures. Décision est donc prise de nous diriger à nouveau dans le Jura Suisse où de multiples possibilités d’escalade en grandes voies s’offrent à nous. Après l’Eulengrat, gravie ensemble il y a quelques semaines, nous optons pour le Pic de Grandval et le Pic de Crémines, deux voies que j’avais gravies avec le Petit Missel en 2011.

Pour faciliter le retour, rendez-vous est pris à Bonnétage d’où nous prenons la direction de Goumois puis celle de Saignelégier. Je dois de temps à autre contenir les ardeurs… sur l’accélérateur de la conductrice au volant de son carrosse rouge. Serait-elle pressée d’arriver sur les lieux de nos futurs exploits mais traverser Tramelan à presque 80 km/h, on n’ose pas, comme diraient nos amis helvétiques, et ça peut coûter très cher.

Finalement nous arrivons à bon port vers 9 heures où au bout d’un chemin chaotique nous trouvons le parking suggéré par le topo Plaisir Jura. Il fait déjà bien chaud, nous nous équipons, nous nous badigeonnons de crème solaire puis après quelque 30 minutes de marche en forêt atteignons l’attaque de la première voie convoitée : la Balade, zigzaguant en 7 longueurs dans la face sud du Pic de Grandval. Cinq grimpeurs suisses venant d’Adelboden sont déjà là, prêts à s’élancer.

Je propose de progresser en réversible, ce que, contrairement à l’Eulengrat, ma compagne de cordée accepte sans difficulté et je lui laisse l’honneur de gravir la première longueur : un court 5b qui après coup me semble un peu surcoté. Les deux longueurs suivantes, cotées 5a, relativement longues mais avec un équipement assez espacé, demandent une plus grande concentration, la chute n’étant pas souhaitable.

Nous sommes à présent au pied de la section la plus difficile, une longueur annoncée 5c+. Je m’y engage mais après 20 mètres d’escalade je me rends compte que je ne suis pas dans la bonne voie et que la suite est au-dessus de mes modestes moyens. Je sollicite un peu de mou de sorte à pouvoir effectuer un pendule de 3-4 mètres sur ma gauche en direction d’une ligne de plaquettes, qui, si mes souvenirs sont exacts, semble plus correspondre au niveau de la voie. Je progresse à présent dans des cannelures caractéristiques du calcaire mais un pas entre les deux derniers points me donne un peu de fil à retordre. Finalement, à la deuxième tentative, le pied gauche dans une cannelure, le droit en adhérence sur la paroi, je réussis à saisir une prise de main salvatrice et à atteindre la chaine du relais.

Pendu dans le vide sur ma longe, je fais venir « ma seconde » qui après avoir aussi dépensé pas mal d’énergie dans cette longueur ne semble pas motivée pour enchaîner en tête la suivante, cotée 5b. Ayant réussi à la convaincre, elle s’élance avec grâce dans la première partie, toujours des cannelures, puis arrive au niveau d’une traversée horizontale en adhérence. A ce moment là je lui lance : « C’est le PAS LE PLUS DUR de la longueur ». Que n’ai-je pas dit !!! « Non, non t’aurais pas dû me le dire, je vais perdre tous mes moyens ». Je soupçonne qu’en son for intérieur elle a ajouté : « Mais quel c.., il ne peut pas la fermer ». Et si de plus elle savait ou voyait que je lâche la corde pour prendre quelques clichés de sa prestation mais chut…

Après avoir utilisé sa dégaine magique pour clipper le point hors de sa portée protégeant ce passage, elle atteint un pin sous l’ombre duquel elle installe un relais confortable. Je la rejoins en craignant une réprimande ou des gros yeux mais c’est finalement par un large sourire qu’elle m’accueille, ravie d’avoir franchi cette difficulté avec aisance. Nous enchainons les deux dernières longueurs plus faciles puis descendons de quelques mètres en direction d’un collet bien à l’ombre, endroit idéal pour nous restaurer à côté d’un magnifique parterre de mousse qu’elle m'invite à photographier.

Ragaillardis par cette collation, nous empruntons un sentier barré de quelques arbres couchés par un récent coup de vent, pour nous rendre au pied de la seconde voie parcourant la face du Pic de Crémines : c’est plus court, seulement 4 longueurs, mais d’un niveau un peu plus élevé. La première longueur, une 5b bien soutenue mais bien enchainée à vue avec prestance, se termine par un relais dans le vide, exigu et peu confortable. Arrivant en second je dois un peu jouer des coudes pour me hisser sur une rampe ascendante qui conduit 40 mètres plus loin au départ de la seconde longueur, la plus belle de la voie.

Malheureusement il faut se rendre à l’évidence, il est déjà 15 heures et le timing pour le retour sur Besançon nous contraint à stopper notre progression. Un long rappel de 50 mètres nous ramène au bas de la paroi puis de retour par Goumois, le Rocher du Singe nous fait un dernier clin d’œil.

Merci Flo pour cette belle journée passée en ta compagnie mais rassure-toi, pour les photos, la corde, je ne la lâche pas… et promis, la prochaine fois je me tairai avant le PAS LE PLUS DUR.

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