Carnet de route

2019-04-19 Un beau raid en Engadine

Le 19/04/2019 par Michel Courtet

Nous sommes partis de bon matin ce dimanche 14 avril 2019 au départ du Cotard des Sarrazins, là où habitent Philippe et Mirian, un couple d'ascètes vivant de plantes sauvages et de divers animaux. De chez eux nous voyons très bien le Piz Morteratsch culminant à 3751 m d'altitude, lieu d’où nous partirons juste après midi depuis la gare éponyme. Alain nous rejoint, il ne connaît pas les supermarchés car il est en autarcie complète à Charmoille, Serge « un gourou qui vit la plupart de l'année dans les montagnes » est également du voyage, moi je préfère la plaine avec des monticules au milieu.

Nous traversons la Suisse pour arriver vers St-Moritz dans le canton des Grisons en Haute-Engadine dont une grande partie de la population parle le Romanche. Le contact avec la population de ce coin reculé se passe très bien, nous parlons tous les quatre parfaitement leur langue. La montée au refuge de Boval à 2495 m se fait en grande partie sous la neige puis nous sommes accueillis par le gardien qui parle un peu français. Lundi réveil à 6h00, un bon petit déjeuner au lit servi par le gardien et en route pour la chamanna Tschierva. C'est alors la grosse surprise car nous nous apercevons qu'il n'y a plus de glaciers : ceux de Morteratsch, de Pers et de Tschierva ont complètement disparus. Nous sommes désespérés il ne nous reste plus qu'à monter à pied et redescendre avec des skis à roulettes.

« Dring dring », c'est le réveil de Serge qui sonne, c'était un cauchemar. Sauf le petit déjeuner mais oui, pour les glaciers c'est le scénario prévu vers 2100 : 90 % de leur masse auront disparu d'ici là. Départ à 7h00, nos sacs sont lourds car la chamanna Tschierva n’étant pas gardée nous devons transporter quelques victuailles. Malheureusement arrivés au pied de la Fuorcla Misaun, le col qui doit nous permettre de rejoindre le Piz Tschierva, nous nous rendons compte que le passage n’est pas possible aujourd’hui : il y a trop de neige et les plaques qui se détachent facilement de cette pente à 45 degrés risquent de nous entrainer en bas de barres rocheuses. Nous décidons de rebrousser chemin et de nous diriger vers le sommet plus engageant du Piz Misaun à 3249 m puis de revenir au refuge Boval bénéficiant d’une descente dans une excellente neige poudreuse.

Le lendemain nous essayons une nouvelle traversée par un autre itinéraire en contournant par le nord le Piz Misaun mais nous voyons au loin des skieurs peinant à trouver le passage. Nous décidons alors de revenir sur nos pas et de reprendre la trace que nous avions faite le jour avant pour tenter à nouveau ce col qui cette fois nous ouvre les bras : trois personnes devant nous ont réussi à le passer à skis. Nous faisons très attention, la pente est raide et les barres rocheuses qui sont juste en dessous peuvent nous être fatales. La descente sur l’autre versant du col n’est pas évidente nous obligeant à mettre crampons et skis sur le sac pour atteindre le glacier de Misaun puis à nouveau skis aux pieds nous allons remonter vers la Fuorcla Tschierva et de là nous rendre par un bref aller-retour allégés de nos sacs au sommet du Piz Tschierva à 3546 m. Une longue descente tout d’abord en neige poudreuse puis en neige de printemps va nous conduire à la cabane Tschierva dont seul le local d’hiver est accessible. Philippe allume le feu dans la cuisinière nous permettant de faire fondre de la neige et de cuire quelques pâtes. Les 8 places sont pour nous et on partage les bonnes denrées que chacun a portées sans oublier de terminer le repas par une rasade de cette « eau des glaciers » que j’ai dissimulée dans mon sac : c'est une ambiance de chalet, seuls dans cette grande montagne.

Le soleil à l'aube est toujours présent ce mercredi matin mais avant de rejoindre la chamanna Coaz, nous repérons une belle pente orientée au nord qui mène au Piz Aguagliouls. La pente bien prononcée est vierge et la trace dans cette neige profonde et poudreuse n’est pas facile mais quel bonheur après cet effort d’enchainer ces belles courbes dans  une descente qui nous mène au départ du vallon que nous devrons remonter pour arriver à la prochaine cabane. Après nous être restaurés car le chemin est long et qu’il commence à faire chaud nous allons longer le lac de Vadret avant l’ultime ascension de la journée. L’arrivée à la cabane est impressionnante et il ne vaut mieux pas quitter la trace vu le précipice. Il fait toujours aussi chaud et « das große Bier » est indispensable, la deuxième tournée ne se refuse pas un peu plus tard, c'est trop bon !!! Il y a plus de monde dans ce refuge que la nuit dernière, ben ouais nous étions absolument seuls. Didier, qui est venu avec un groupe de cafistes pyrénéens, a la gentillesse de nous occuper une bonne partie de l’après-midi avant de bénéficier d’un repas bien copieux.

Pour rattraper le retard pris lors de la deuxième journée et terminer notre boucle nous allons annuler la deuxième nuit réservée dans ce refuge de sorte à rejoindre la cabane Marco e Rosa située en Italie à 3609 m au pied du Piz Bernina en gravissant au passage le sommet du Piz Sella à 3506 m qui nous gratifie encore d’une excellente descente en neige poudreuse. L’accès à Marco e Rosa s’effectue par un couloir de 500 m de dénivelé : nous gardons les skis aux pieds pour la première partie puis la pente se redressant nous devons les quitter pour emprunter l’arête rocheuse. L'exercice est périlleux, nous nous encordons tandis que Serge se vache à une échelle, la chute n’étant pas permise il y a un toboggan de 350 m en dessous de nous. Chausser les crampons et mettre les skis sur le sac tous les quatre serrés contre la paroi demandent une extrême vigilance pour ensuite escalader 250 mètres de rocher et de neige glacée de plus dans le brouillard qui fait son apparition. Pour la sécurité une longue chaîne se perd dans les nuages jusqu'au refuge : la lente montée se déroule bien, on assure mais Philippe se fait une frayeur, l’un de ses crampons se détache et il le récupère du bout des doigts. Quatre Suisses sont déjà au refuge, nous y serons seulement huit pour l'ouverture de la saison, les gardiens étant arrivés par voie aérienne la veille. Les bières sont les bienvenues et la décoration du refuge est très surprenante : des photos de Vénus grimpant des parois sont affichées dans tous les coins, un poster très sexy sur la porte de la salle à manger et un calendrier derrière lui aussi très hot, pourtant il ne fait pas très chaud.

Le gardien nous a promis du beau temps pour notre dernière journée : nous nous réveillons à 6h30 mais le brouillard a du mal à se lever pour finalement commencer à se dissiper vers 8h30. La descente est magnifique, nous apercevons sur notre gauche le sommet du Piz Bernina, le 4000 le plus oriental des Alpes. La neige est bonne, quelques zigzags au pied de la Bellavista et tout à coup au bout du Vadret de Morteratsch les crevasses nous obligent à interrompre notre progression. Nous sommes descendus trop bas et devons remonter pour retrouver la bifurcation un peu plus haut à droite au milieu du chaos du glacier. C’est en admirant une dernière fois le Piz Palü, le Piz Roseg et tous les autres sommets du coin que nous terminons cette magnifique semaine.

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