Carnet de route

2018-04-18 Mon premier Mont Vélan sous le soleil

Le 18/04/2018 par Mathias Roy

Pour ma première sortie de ski alpinisme, nous nous dirigeons avec mon Papa Philippe Roy et Vincent Busch vers le Mont Vélan. Nous partons donc le lundi soir pour Bourg-Saint-Pierre, je suis tel un aventurier, j’ai hâte de découvrir la vraie haute montagne, non sans une petite pointe d’appréhension. Mon père m’en a tellement parlé. Après une balade dans le village de Bourg-Saint-Pierre et un bon restaurant, nous nous affairons à faire le point sur le matériel - autobloquant, broche à glace, mousquetons - et à réviser quelques exercices de mouflage sur le goudron sous le regard amusé de 4 suisses allemands qui font apparemment une partie de la Haute Route. Au matin, après un petit déjeuner de feu, nous partons le sac chargé et plein d’entrain : il est 8h. Malgré le fort enneigement de cet hiver, il nous a fallu porter 20 minutes avant de trouver la neige dans le vallon de Valsorey. Une fois les skis aux pieds, commence une longue partie au bord du torrent sous l’œil amusé de quelques marmottes matinales. Nous rattrapons peu à peu quelques groupes partis avant nous, tous bifurquerons plus tard vers la Haute Route et les Combins. Après 2 heures de marche, nous découvrons la cabane du Vélan amarrée à 2642 m telle un paquebot au sommet de la moraine du glacier du Tseudet. Nous décidons prudemment d’emprunter le contournement par le vallon qu’empruntait le glacier il y a 80 ans, Papa voulant découvrir cet itinéraire. Apres la dernière pente qui fut longue pour moi sous la chaleur de midi, nous atteignons enfin le refuge, non,  la cabane comme on dit en Suisse. Nous nous requinquons avec un bon pique nique mais sans eau car la neige fondue est réservée à la cuisine et à la vaisselle du soir. Au programme de l’après-midi : sieste sous le soleil et bronzage. C’est alors qu’arrive dans le refuge une bande que nous connaissons bien. En effet avec des conditions nivologiques peu engageantes dans les Grisons Serge, Philippe, Daniel et Alain ont préféré changer de cap et faire un raid itinérant dans le massif des Combins. Un pur hasard !!  L’après-midi passe à la vitesse de la lumière : quelques photos, un peu de guitare, observation de la face sud du Grand Combin aux jumelles. Papa découvre son nouveau jouet, un GPS de course que lui a apporté le Père Noel. Pas foutu de trouver les coordonnées GPS suisses... Il se réfugie alors dans ses notes sur la gestion d’une randonnée à skis en montagne. Ce fut vite le moment du repas. Des tonnes de soupe et de pates bolognaises avalées, direction le dortoir où j’ai découvert les joies des nuits en refuges :-)  Ronzzzz psciiii. Un compagnon de chambrée nous fait sa plus belle musique jusqu’à plus d’une heure du matin. Papa s’amuse de me voir grogner et me retourner sans cesse !  Rira bien qui rira le dernier !

Le lendemain, réveil 4h30 après un petit déjeuner rapidement avalé, nous chaussons les skis à la lueur des étoiles. Quelque 1200 mètres nous attendent avant le sommet, si tout va bien dans 6 heures. On entend hurler derrière nous : « C’est à qui le piolet Simond ?? »  Papa a perdu son piolet seulement 100 m après la cabane, avec une lampe sans pile de rechange ! En plus, il vient de découvrir qu’il a fusillé ses couteaux la veille ! Bravo l’ancien !  Arrivés au pied du Col de la Gouille, nous avons refait notre retard sur nos camarades. Par précaution, nous nous étions encordés dès le départ du refuge. Le soleil s’est levé sur les séracs de la face nord. On met les skis sur le sac, on chausse les crampons. Nous rejoignons les chaînes alors que Serge, tel un Bergfuhrer hymalayiste s’engage dans un petit couloir enneigé tout droit ! Nous cheminons encordés, avec Vincent qui assure les points d’assurage le long des points d’ancrage. J’ai du mal à faire confiance aux crampons sur la roche : « C’est bon, ça tient si tu poses toutes les pointes ! » m’assène mon père, qui en même temps qu’il me suit, me bombarde de clichés  « Papa Razzi , je l’appelle ! ». Le passage en mixte nous prend une vingtaine de minutes

La vue sur le glacier de Valsorey est splendide, nous prenons le temps de quelques clichés alors que les copains ont attaqué le versant sud est. La descente en marche arrière avec assurage au nœud de demi-cabestan fut impressionnante. Nous prenons le temps, papa est devant, Vincent ferme la marche. Commence alors un long cheminement sur le glacier de Valsorey dans un paysage extraordinaire parsemé de séracs. J’ai chaud, j’ai faim. Je demande à plusieurs reprises à quelle alttitude on est, si le sommet est cette bosse là… Papa me répond : «  Allez courage, on y est presque, on fera une pause vers les copains. »  J’ai plus de barres, je lèche les pots de nutella pris la veille au soir à l’hôtel de Bourg-Saint-Pierre. J’en viens même à accepter les abricots secs que me propose papa. C’est dire. J’ai chaud, malgré le petit vent.  J’ai enlevé mes gants, l’erreur du débutant.  Arrivé sous la dernière pente raide avant le sommet, alors que nos amis de Varappe préférent déchausser,  papa propose de faire une nouvelle trace en ski dans une neige de printemps peu stable. Une, deux, trois, les conversions s’enchainent, la pente est raide et la neige savonneuse… Et merde, c’est la chute en pleine conversion. La corde se tend. Papa s’arqueboute. Tout va bien, mais cela nous oblige à déchausser et à finir les 15 derniers mètres à pied. Je suis sec. Vincent prend mes skis, je prends ses bâtons. Mais ma glissage dans une neige mouillée m’a valu d’avoir les doigts gelés. Le vent n’arrange rien et je ne récupérerai mes doigts qu’à la descente. Pourtant l’isotherme 0°C était à 3 800 m. Papa et Vincent me font la leçon gentiment en disant : « Faut jamais enlever tes gants sur un glacier !!! »

C‘est heureux mais fatigués que nous arrivons au-dessus à 3726 m d’altitude. Il est 11h45. Nous avons tenu l’horaire, c’est bien. Trop fatigué pour apprécier pleinement l’instant, je m’affale par terre, sans pouvoir me remettre debout… Papa me remue : « Allez quelques photos et on redescend vers les autres à l’abri du vent ».  Vincent ne dit trop rien, il a les petits indiens qui attaquent son cerveau depuis qu’on a dépassé les 3000 m. Pas de chance pour lui. Juste le temps de décoller les peaux sous un vent assez désagréable. Je ne suis pas très agile avec mes doigts gelés. Et c’est parti pour la descente, on rejoint les copains. Dans un premier temps, on skie une neige assez poudreuse mais travaillée par le vent. C’est agréable. Nous passons à côté des crevasses, c’est impressionnant mais tellement joli. Mais plus on descend, plus la neige devient croûtée. C’est alors que nous arrivons au fameux couloir : 200 m dans une pente à 40°, autant dire qu’il ne faut pas se rater sinon c’est toboggan magique !! Je m’engage en 4ème position au milieu du groupe, Serge et Vincent en tête. Papa fait serre-file avec la corde de 40 m. Chacun chemine à son rythme, enchaînant les virages avec concentration et précaution. Quelques fesses par terre, sans conséquence et nous arrivons en bas de la dernière difficulté de la sortie. Papa me rejoint, il me félicite. Faut dire que j’avais fait un peu de hors-piste en cachette en février sur le domaine du grand massif. (Avec mon DVA !)  Nous prenons la pause, on filme même les derniers virages. La fin de la descente s’est fait dans une neige ramollie, style « moquette », surmontée des gigantesques moraines que le glacier a laissé lors de son recul. Après un pique-nique sous le refuge d’où nous étions partis le matin même, nous quittons le groupe de Serge qui continue leurs aventures vers les Combins. 600 m de dénivelée supplémentaire sous un soleil presque estival pour atteindre la prochaine cabane. Encore une petite pour la route : un des ergots de la fixation avant des skis de Papa a disparu dans la descente. C’est parti pour une fin de parcours sur un pied…  Quelques déchaussages plus loin, nous arrivons dans le pays des marmottes. Elles gambadent sous le soleil. Les coulées de neige humide se sont multipliées depuis 2 jours et vue l’heure tardive, la descente le long du torrent que nous avait indiqué Serge nous semble périlleuse. Nous préférons suivre l’itinéraire de montée malgré quelques passages à déchausser. Arrivés en bas vers 15h00, Vincent file chercher la voiture, pour nous éviter les 500 mètres le long de la nationale. 

Débriefing à l’auto. On se déshabille, on se congratule, on rigole, on mange un morceau et on boit un coup. On est bien. Papa a la banane, je crois qu’il est heureux et moi aussi. Vincent recommence à déconner et nous pensons à Maman restée à Besançon pour sa convalescence. Dire qu’elle aussi, elle a fait le Mont Vélan en 2003, j’avais seulement 1 an. Le voyage se passe sans que je sois tout à fait là, je crois même m’être endormi.

Ce fût une expérience incroyablement enrichissante pour moi et je remercie mon Papa et Vincent de m’avoir amené pour cette première. Cela restera à jamais MA première fois en haute montagne.

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